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Toyota a accueilli le 23 juin un nouveau PDG, Akio Toyoda, succédant à Katsuaki Watanabe en poste depuis 2005. La nomination d'Akio Toyoda annonce le retour d'un membre de la famille à la tête de l'entreprise. Voici le portrait du petit-fils du fondateur de Toyota, qui en 1937 fonda le groupe en transformant la fabrique familiale de métiers à tisser en usine automobile.
Né le 3 mai 1956 à Nagoya au Japon, Akio Toyoda n'est autre que le petit fils de Kiichiro Toyoda. Ce dernier a transformé en 1937 la fabrique familiale de métiers à tisser en usine automobile. Mais Akio Toyoda est aussi le fils du président historique du groupe, Shoichiro Toyoda, encore président honoraire du groupe.
Akio Toyoda obtient un diplôme de droit à l'Université de Tokyo en 1979, avant de décrocher un MBA au Babson College du Massachusetts, aux États-Unis en 1982. Rapidement, il intègre le groupe familial en 1984 et multiplie les expériences professionnelles jusqu'à atteindre le poste de vice-président en juin 2005. En juin 2008, Akio Toyoda prend le contrôle des opérations du groupe à l'étranger après avoir été chef de ventes au Japon. Ces nouvelles responsabilités feront de lui le futur président de Toyota.
C'est le 23 juin dernier qu'il a succédé au PDG Katsuaki Watanabe, depuis transféré au poste de vice-président du conseil d'administration. Akio Toyoda était considéré depuis des années comme l'héritier de l'empire Toyota. Mais la rapidité de son accession au pouvoir a surpris. "C'est arrivé un ou deux ans plus tôt que prévu", a commenté Mr Kato, analyste chez Tokai Tokyo. A 52 ans, un jeune âge pour devenir PDG selon les critères japonais, M. Toyoda "devrait rajeunir l'entreprise et permettre à la direction de reconstruire sa stratégie de croissance", prédit-il.
Un " petit jeune " qui a la foi
A 52 ans, Akio Toyoda a déjà passé un quart de siècle dans l'entreprise familiale. Mais, vu à travers le prisme nippon, c'est un petit jeune au sein d'une élite patronale qui privilégie encore l'avancement à l'ancienneté. Son prédécesseur, Katsuaki Watanabe, avait été nommé à 63 ans. Il se défend de tout favoritisme, prétendant même être entré en marche arrière dans cette entreprise où son nom l'appelait aux plus hautes fonctions. Et ce n'est pas faux : Akio n'a rejoint le groupe qu'à 28 ans, bien après l'âge traditionnel du recrutement.
Mais il y est entré avec la foi des convertis. Il s'invite ainsi régulièrement parmi les pilotes qui testent les nouveaux modèles pour en avoir la primeur. Et il a gravi, à un rythme certes accéléré, tous les échelons du groupe. "Personne ne voudra être ton patron, et tu devras faire ta carrière tout seul", lui a intimé son père, Shoichiro, qui fut le dernier Toyoda à diriger Toyota, en guise de discours de bienvenue. "Quand j'ai perdu mon badge Toyota, j'ai dû payer pour
le remplacer, comme tout le monde", note d'ailleurs l' héritier avec un sourire.
La famille Toyoda est présente au capital de Toyota dans des proportions symboliques (entre 3% et 4%), mais son influence sur le groupe reste considérable. Tatsuya Mizuno, analyste chez Fitch Ratings, la compare à la famille impériale du Japon, sans pouvoir politique mais extrêmement respectée. Selon Mr Mizuno, ce changement marque aussi la rupture avec la stratégie menée par l'équipe de Mr Watanabe et de son prédécesseur, Hiroshi Okuda.
Depuis 2000, l'année où Akio est entré au conseil d'administration, les connaisseurs de l'entreprise de Nagoya étaient convaincus qu'il prendrait la succession. Son seul concurrent sérieux - Shuhei Toyoda, son cousin - lui a cédé gracieusement la place en 2004. "Au moins Akio est-il aujourd'hui étranger à l'esprit de chapelle dans le groupe, explique Christopher Richter, analyste du secteur pour CLSA. C'est une sorte de prince, au-dessus des querelles stratégiques. C'est ce qu'il faut à la marque.
Un porte-bonheur pour Toyota
Akio Toyoda pourra expliquer pourquoi son aïeul, Kiichiro, a choisi d'écorner son propre nom. Lors de la création de l'entreprise, il décida de lui donner son patronyme. Seul problème, le mot Toyoda s'écrit avec dix coups de pinceaux, chiffre qui porte malheur au Japon. Pour Toyota, il n'en faut que huit et ce chiffre-là est de bon augure. Pour mettre toutes les chances de son côté, Kiichiro Toyoda a donc légèrement modifié son nom et l'avant-dernière lettre, le d est devenu un t... Le logo est aussi tout un programme : trois cercles entrelacés forment un T stylisé et symbolisent " l'union des consommateurs par l'âme du produit ".
Nouvelle génération
Akio cultive son côté "nouvelle génération", affichant une décontraction qui contraste avec la rigueur de ses troupes. Il porte des costumes clairs, parfois sans cravate. Son anglais, poli par ses années d'études aux Etats-Unis, tranche avec celui, laborieux, de ses pairs du patronat. Il ne fuit pas la presse, contrairement à ses prédécesseurs.
Chaperonné par Shoichiro, Akio s'est affranchi assez tôt de toute tutelle. Lorsqu'il a créé Gazoo.com, un site internet à succès pour voitures d'occasion, il l'a fait contre la volonté des barons du groupe. Lorsqu'il était en charge de la Chine, il a eu le cran de faire brusquement changer Toyota de partenaire local, accélérant l'implantation du groupe. Il assumera sans doute davantage son rôle de leader mondial de l'industrie que Katsuaki Watanabe, qui a toujours joué profil bas malgré des résultats exceptionnels. Akio Toyoda passe pour un casse-cou depuis qu'il a participé, en tant que pilote, aux 24 Heures de Nürburgring, au volant d'une Lexus en 2007.
Ce qu'ils disent de lui
James Lentz, président de Toyota Etats-Unis : "Akio est un très bon dirigeant. Il adore cette entreprise et les gens qui y travaillent."
Jim Treece, correspondant du magazine Automotive News au Japon : "Akio Toyoda est mûr pour ce boulot. Il a une vision que n'ont pas les autres membres du conseil d'administration de Toyota."
John Paul Mac Duffie, professeur de gestion à l'université Wharton (Pennsylvanie) : "C'est clairement quelqu'un de la jeune génération."
Mamoru Kato, analyste à Tokai Tokyo Research : "On ne se demandait pas si Akio serait directeur général de Toyota. On se demandait quand."
Fujio Cho, ex-président de Toyota : "Il est le meilleur aujourd'hui pour Toyota en ces heures difficiles, car il a une vision, la jeunesse, et est enraciné dans la tradition."
Christopher Richter, analyste automobile pour CLSA : "Akio ne sera pas attaquable. Il sera légitime. C'est ce qu'il faut aujourd'hui, à un moment où tant de choix difficiles sont à faire."
Il aime...Il n'aime pas
Il aime :
Les voitures de course
L'Amérique
Internet
La Frick Collection à New York
Il n'aime pas :
Son cousin Shuhei
L'immobilisme
Le laisser-aller
Attirer l'attention
Son histoire en quelques dates
1956 Naissance à Nagoya au Japon.
1982 MBA de Babson College (Massachusetts, Etats-Unis).
1983 Brefs passages dans une banque d'investissement américaine.
1984 Entre chez Toyota, où il gravit les échelons aux Etats-Unis, en Chine et au Japon.
2000 Entre au conseil d'administration.
2009 Est nommé directeur général.

